Je voudrais changer mon mode de vie mais je n’y arrive pas

Par Claire le 28/06/2020 dans Prise de conscience

Vous avez pris conscience de l’ampleur du dérèglement climatique, des risques qu’il comporte, y compris pour notre bien-être futur et celui de nos enfants. Vous avez totalement conscience que nos modes de vie modernes sont toxiques pour la planète et ne sont pas soutenables. Et pourtant, vous n’avez finalement changé que peu de choses à vos modes de vie d’avant prise de conscience.

Ce que vous avez fait est mieux que rien mais vous savez que ça n’est pas assez, pas à la hauteur de ce qui est nécessaire. Alors vous vous trouvez des excuses comme le manque de temps de vos vies modernes, et vous culpabilisez, plus ou moins. Vous culpabilisez aussi lorsque vous craquez, lorsque vous réalisez un achat plaisir mais superflu, lorsque vous prenez votre voiture alors que vous pourriez utiliser un autre moyen de transport, certes, moins pratique, ou lorsque vos prochaines vacances ne sont pas vraiment écoresponsables. Mais, promis, ce coup-ci, ce sera la dernière fois… Jusqu’à la prochaine…

C’est difficile de changer

C’est qu’il est difficile de changer. Tout d’abord, c’est coûteux cognitivement, cela demande un effort alors que continuer comme on a toujours fait est facile. Par exemple, vous voulez manger local et arrêter de faire toutes vos courses au supermarché. Il faut trouver où aller, il n’y aura certainement plus un unique magasin rassemblant tout ce dont vous avez besoin. Si vous voulez manger moins de viande, il faut réfléchir aux aliments qui pourraient s’y substituer, apprendre à les cuisiner…

Pourquoi croyez-vous que les magazines vous incitent à prendre un abonnement illimité ? Parce qu’ils savent que ce sera coûteux pour votre charge mentale de résilier l’abonnement alors qu’il est facile de ne pas renouveler un abonnement annuel ! C’est pareil avec des questionnaires où une réponse (qui arrange l’organisme qui vous pose la question) est déjà précochée. Vous pouvez la décocher pour faire un autre choix, bien sûr, mais c’est coûteux et si vous êtes un minimum indécis, cette case précochée a des chances de le rester !

Comme le soulignent Cameron Brick et Sander van der Linden[1], même si l’on sait que, pour s’en sortir, il faudrait que chacun adopte des comportements durables, au niveau individuel, avoir des comportements non durables est en général l’option la plus facile, la moins coûteuse et la plus attirante psychologiquement.

Il n’y a pas de honte à ne pas toujours réussir

Déjà parce que avoir honte ou culpabiliser n’aide personne.

On l’a vu, c’est difficile de changer et nous évoluons dans un système qui ne nous aide pas forcément. Les grandes marques, les publicités, ce qui est valorisé dans votre société, tout cela nous pousse à nuire à la planète.

La première chose à faire pour réussir est de ne pas se mettre la barre beaucoup trop haute. Vous n’allez pas résoudre les problèmes de climat à vous tout seul !

Ensuite, il n’y a pas de honte à avoir si vous ne réussissez pas à faire tout de suite les changements de style de vie que vous pensez nécessaires. L’important est de commencer petit, de réussir cette petite étape pour vous donner envie d’aller plus loin quand vous serez prêt pour passer à une nouvelle phase. Vous pouvez ainsi limiter vos achats avant de les limiter encore plus ou commencer une fois par semaine à changer vos habitudes (manger végétarien, cuisiner à partir de produits bruts, acheter local, aller au travail à vélo ou amener les enfants à l’école à pied) puis passer à deux fois, trois fois… dès que vous vous sentez prêts.

Prioriser les sollicitations

Suivez aussi vos valeurs et choisissez ce qui vous parle le plus : le zéro-déchets, favoriser la biodiversité dans votre jardin, opter pour le vélo ou le bus, partir en vacances plus près de chez vous et en train, acheter des vêtements d’occasion ou au contraire les acheter neufs mais les utiliser longtemps… Ainsi, ces changements de vie ne seront pas vécus comme un sacrifice mais comme une reprise de contrôle et cette reprise de pouvoir sur nos vies peut être très épanouissante.

Pour vous aider, vous pouvez lister ce que vous pourriez faire (voir “Quoi faire d’efficacepour des pistes) et positionner ces actions dans une grille à 2 entrées : “impact sur le climat” - “facilité de mise en oeuvre”. Vous pourrez ainsi commencer par des changements de mode de vie faciles pour vous et qui sont impactants. Le positionnement dans la grille sera subjectif, mais ça n’est pas grave, le but est de ne pas rester bloqué en attendant de se sentir capable de mener une vie 100% soutenable.

Utiliser la force du groupe

Une des raisons du fait que l’on agit pas est qu’on évolue souvent dans un environnement qui promeut, même implicitement, des valeurs non compatibles avec les enjeux climatiques (suivre la mode, gagner du temps en utilisant la voiture ou en achetant des produits pré-emballés ou déjà cuisiné, vivre des vacances “de rêve” à l’autre bout du monde…). Dans les groupes sociaux dont nous faisons naturellement partie (travail, famille, amis…), la norme sociale existante nous fait souvent ressentir une pression qui nous pousse à nous conformer à des modes de vie qui dégradent notre planète.

Trouver alors un groupe qui véhicule les valeurs vers lesquelles vous voulez tendre est quelque chose qui vous aidera à plusieurs points de vue.

Cela vous aidera à ne pas baisser les bras, à lutter contre les pensées du type “à quoi bon” lorsque vous aurez tendance à vous dire que votre action n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Vous constaterez que d’autres agissent comme vous (“à plusieurs, on peut y arriver”).

On a aussi tendance à comparer ce qu’on fait et ce que font les autres, et on est souvent réticent à faire des efforts si les autres n’en font pas (“pourquoi, je passerais du temps serré dans les transports en commun alors que mes collègues viennent confortablement en voiture au travail ?”). C’est ce qu’on appelle la coopération conditionnelle. Un groupe dont les membres agissent comme nous permet de voir qu’on n’est pas seul (“les autres aussi font leur part”) et de renforcer notre comportement en le valorisant (“si on est plusieurs à le faire, c’est qu’on a raison”).

Vous vous sentirez aussi engagés par le groupe pour mettre en place, maintenir et développer des comportements éco-responsables. Certaines personnes plus avancées que vous pourront vous aider à questionner vos pratiques. Par exemple, se tourner vers des marques éco-responsables est-il une bonne justification pour continuer à consommer ? Bien recycler ses déchets, est-ce suffisant ou ne faut-il pas mieux se tourner vers ce qui ne nécessite pas de recyclage ? Un groupe dans lequel nous nous sentons légitimes d’exprimer et d’échanger sur nos craintes, nos angoisses, nos questionnements concernant la situation climatique peut aussi nous permettre d’être créatifs dans les solutions à imaginer.

Dans un deuxième temps, vous pourrez vous-même amener des personnes moins engagées que vous à réfléchir à leurs pratiques. Vous serez alors dans la position de celui qui guide et non plus simplement de celui qui reçoit ce qui sera extrêmement gratifiant. L’étape suivante étant de se risquer hors des groupes qui pensent comme vous.

En résumé

Il est difficile de changer de mode de vie. C’est coûteux cognitivement. Il est parfois aussi difficile de se mettre en action comme on le souhaiterait. Pourtant, il ne faut pas culpabiliser de ne pas faire aussi bien et autant qu’on désirerait. En effet, s’accuser n’aide pas à avancer.

Pour éviter cette culpabilité, il est recommandé de ne pas se mettre la barre trop haut et d’adopter la politique des petits pas. Vous pouvez par exemple commencer par ce qui est le plus facile pour vous et qui a un certain impact (voir “Quoi faire d’efficace” pour des pistes).

Trouver un groupe qui véhicule les valeurs vers lesquelles vous voulez tendre peut aussi vous aider à entretenir votre motivation, à aller plus loin dans vos pratiques et à sentir que, vous aussi, vous pouvez être un moteur pour les autres.


[1] Brick, C., & van der Linden, S. (2018). Yawning at the Apocalypse. The Psychologist, 31, 30-35.
https://www.researchgate.net/publication/326882441_Yawning_at_the_Apocalypse 

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