Se mobiliser, oui, mais quoi faire d’efficace ?

Par Claire le 12/07/2020 dans Prise de conscience

Ca y est, vous êtes prêt à passer à l’action. L’action individuelle est très utile pour contrôler ses émotions mais, en ce qui concerne le dérèglement climatique lié aux émissions de gaz à effet de serre, la perte de biodiversité et le pillage des ressources de la planète, vous avez conscience que l’addition des actions individuelles ne permettra pas d’être à la hauteur de ce dont la planète a besoin et qu’il faut se diriger vers des actions qui ont un potentiel démultiplicateur.

Pour Christophe André (voir cette vidéo) une bonne solution pour démarrer est une solution qui est accessible (à notre portée), immédiate (on peut agir tout de suite) et qu’on peut maintenir sur la durée. Ceci correspond à l’idée de commencer petit pour réussir, redonner un sentiment de contrôle et prendre confiance pour se sentir capable d'aller plus loin (voir aussi Je voudrais changer mon mode de vie et Je voudrais me mettre en action) .

Par quoi commencer ?

Internet fourmille de sites donnant toute une série de conseils pour agir pour la planète et/ou pour sortir de l’éco anxiété. La question à se poser est “est-ce que je veux juste me sentir bien dans un monde qui va mal et qui s’écroulera si on ne fait rien ?” ou “est-ce que je veux non seulement me sentir moins angoissé, mais surtout contribuer à éviter qu’on se prenne le mur à pleine vitesse ?”. Vous devez l’avoir compris, ce site se situe en ligne avec cette dernière approche ! Il n’est pas certain d’ailleurs qu’il soit possible se sentir bien pendant longtemps dans un monde qui va mal...

L’action individuelle est très utile pour contrôler ses émotions. Elle peut passer par se mettre au zéro déchets, à ne plus prendre l’avion, limiter fortement l’utilisation de la voiture pour se tourner vers des transports en mode doux (vélo, transports en commun), transformer son jardin en s’inspirant de la permaculture (voir ci-dessous pour une liste non exhaustive d'actions)… A ce stade, il peut être intéressant de calculer son empreinte carbone, par exemple avec l’outil Micmac proposé par Avenir climatique.

Malheureusement, en ce qui concerne le dérèglement climatique lié aux émissions de gaz à effet de serre, la perte de biodiversité et le pillage des ressources de la planète, l’addition des actions individuelles ne permet pas d’être à la hauteur de ce dont la planète a besoin. Il faut se diriger vers des actions qui ont un potentiel démultiplicateur.

Comment démultiplier son action pour faire quelque chose qui a un réel impact

Démultiplier son action pour qu’on ne se réveille pas lorsque c’est trop tard consiste à réussir à faire prendre conscience et à amener le plus grand nombre à se mobiliser.

Il peut s’agir d’actions consistant à sensibiliser le plus grand nombre, à influencer les décideurs qu’ils soient publics ou privés en leur montrant où se situe leur intérêt à court, moyen et long terme s’ils agissent pour le climat, ou à faire pression sur le gouvernement. Sur le terrain politique, l’échelon local est a priori le plus abordable pour obtenir la mise en oeuvre d’actions concrètes. On peut par exemple entrer en contact avec les représentants locaux, les collectivités territoriales, mairies, communautés de communes, ou départements.

Attention à ne pas se noyer

Le défi pour sauver la planète Terre qui nous sert d’habitat est immense. Un individu ne peut pas s’attaquer à tout. Tout ce qui va dans le sens de la préservation de la biodiversité, de la préservation des ressources naturelles et du climat est utile mais, attention, vous ne servirez pas efficacement ces objectifs si vous vous épuisez. Si ne faire que des petites actions individuelles n’est pas suffisant, ne cherchez pas à l’inverse à être irréprochable et à agir sur tous les fronts, vous pourriez vous consumer.

Il faut savoir s’écouter, savoir ce qui nous convient, aller vers quoi nous sommes efficaces. Ainsi, en plus de votre vie professionnelle et personnelle, réussir à éliminer de vos modes de vie ce qui est le plus générateur d’émissions de gaz à effet de serre et vous engager en plus dans une forme d’action impactante qui vous correspond est déjà un grand pas. Vous pourrez toujours monter en puissance ensuite si vous vous en sentirez capable.

Changer de vie ?

A un moment, il est possible que vous vous demandiez “Et pourquoi ne pas changer de vie, quitter mon emploi qui ne me parle plus, changer d’entreprise parce que la mienne n’est pas assez vertueuse du point de vue de l’environnement”, voire dans un secteur intrinsèquement polluant, partir vivre à la campagne “pour retrouver de vraies valeurs” ?”

Ces changements radicaux peuvent être ce qui vous convient. Il faut néanmoins se méfier des décisions radicales si elles sont choisies rapidement, sans véritable analyse. A court terme, ces choix feront taire votre anxiété par la promesse d’un futur perçu comme meilleur. Mais, à moyen terme, elles peuvent vous faire déchanter si vous n’avez pas pris le temps de réfléchir à votre projet de vie. Par exemple, une vie à la campagne nécessite souvent de beaucoup plus utiliser sa voiture qu’en ville,  avoir une véritable autonomie alimentaire est un objectif très difficile à atteindre lorsqu’on part de zéro en matière de jardinage, la nouvelle entreprise qu’on a trouvée peut s’avérer ne pas être finalement si vertueuse que cela.

Pour agir efficacement, prenez le temps de vous poser

Ainsi, avant de sauter sur la première solution qui vous semble permettre de faire taire votre éco-anxiété, vous avez tout intérêt à prendre le temps de vous poser, de bien y réfléchir, de creuser la solution, de prendre en considération les avantages et les inconvénients, d’analyser honnêtement si ce changement vous correspond réellement et est soutenable pour vous et ceux qui partagent votre vie.

Ce type de décision revient en quelque sorte à faire un choix entre action individuelle (changer son style de vie, changer d’employeur) et action démultiplicatrice (essayer de faire bouger de l’intérieur les lignes d’un système qui est loin d’être parfait mais qui a peu de chance de s’améliorer si personne ne s’implique pour l’y aider ou l’y contraindre). A vous de trouver le type d’engagement qui vous correspond et dans lequel vous pourrez vous épanouir et être efficace.

En résumé

Pour se lancer dans des actions qui ont de l’impact, “faire sa part” n’est pas suffisant. Changer de vie peut, si cette décision est mûrement réfléchie, vous permettre d’aller mieux mais cela ne suffira pas à sauver notre planète. Il faut pour cela trouver des actions ayant un potentiel de démultiplication afin de faire évoluer notre environnement social, technique et politique[1].

Les pistes d’actions ci-dessous pourront vous aider à trouver des actions individuelles, collectives ou visant à “changer le système”.

Vous pouvez aussi parler de ce que vous faites autour de vous pour aider les prises de conscience, donner des idées d’actions et faire bouger les normes sociales.

Pistes d’actions

Voici tout un panel d’actions dont j’espère que certaines réveilleront votre envie d’agir (merci JB pour ta contribution !).

Actions individuelles :

Actions collectives et visant à sensibiliser le plus grand nombre :

  • Devenir bénévole dans une association, par exemple de protection de la nature comme la FNE
  • Participer à des actions de sensibilisation aux problématiques environnementales
  • Participer à des grandes manifestations de rue
  • Participer à un potager de quartier
  • Devenir animateur de Fresques du Climat
  • Inspirer votre entourage pour leur donner envie d’agir
  • Toute autre action de votre domaine d’expertise. Par exemple, si vous avez des talents de bricoleur ou de couturier, participez ou animez un Repair Café !

Actions visant à “changer le système” :

  • S’engager dans des associations, des ONG ou des mouvements citoyens qui oeuvre à l’émergence de solutions alternatives. Il en existe de nombreuses : à vous de trouver celles qui correspondent à vos valeurs !
  • Dans votre entreprise et dans votre domaine d’expertise, s’engager pour que le développement durable ne soit pas que du greenwashing
  • Prendre contact avec un élu local pour discuter des enjeux climatiques ou via des associations comme lobby-citoyen ou voxpublic, faire interdire les pesticides nocifs pour l’environnement, l’artificialisation des sols, éviter le gaspillage dans les cantines scolaires, demander des repas végétariens
  • S’engager en politique pour ceux qui s’en sentent capables
  • Toute autre action de votre domaine d’expertise. Par exemple, si vous savez faire des vidéos, tournez des courts métrages pour montrer qu’un autre monde est possible, pour montrer que le “monde d’après” peut être tout aussi agréable et épanouissant que celui d’aujourd’hui, même avec moins de consommation, moins de voyages, moins de superflu

[1] http://www.carbone4.com/publication-faire-sa-part/

Des questions, remarques, commentaires ? N'hésitez pas à m'écrire à claire@psychologie-et-climat.fr.