Comment gérer mon anxiété ? Comment vivre après la prise de conscience ?

Par Claire le 07/06/2020 dans Prise de conscience

D’après le Grand Dictionnaire Larousse de la Psychologie, l’anxiété est “un état de non-quiétude dans lequel prédomine l’appréhension d’une situation qui, bien que généralement indéterminée, pourrait s’avérer désagréable, voire dangereuse”. Il s’agit donc d’une anticipation négative de quelque chose qui pourrait arriver, un sentiment de peur par anticipation d’un événement incertain dont on craint qu’il survienne.

L’éco-anxiété se manifeste lorsque nous devenons convaincus, de manière souvent peu consciente au début puis de manière très consciente ensuite, lorsqu’on accepte d’écouter d’où vient notre malaise, que  le dérèglement climatique va avoir des conséquences qui vont menacer tout ce qui nous est cher. Tout : nos modes de vies, notre bien-être, nos proches, notamment ceux qui sont plus jeunes que nous et qui vont être plus longuement impactés, notre environnement, la biodiversité, possiblement notre sécurité...

Nous avons maintenant cette certitude que tous les pans de notre vie vont être impactés. En parallèle, il règne beaucoup d’incertitude sur ce que sera précisément notre futur, à quel moment les difficultés arriveront, quelle sera l’ampleur du dérèglement et donc de ses conséquences, comment nos sociétés réagiront… Cette incertitude alimente notre anxiété.

Le stress : une comparaison entre la situation et mes ressources pour y faire face

L’approche transactionnelle du stress de Lazarus et Flokman (1984)[1] est bien adaptée au cas de l’éco-anxiété. Pour ces auteurs, le stress est une transaction entre la personne et son environnement, dans laquelle la situation est évaluée par l’individu comme débordant ses ressources et pouvant mettre en danger son bien-être. Nous évaluons la situation de dérèglement climatique et environnemental et son impact sur notre bien-être futur et, en parallèle, nous évaluons nos ressources pour y faire face, nos ressources psychologiques, sociales, matérielles…

Force est de constater que, face à la situation actuelle, nous nous sentons impuissants.  D’accord, nous pouvons “voter avec notre porte-monnaie” et acheter des produits qui détruisent le moins possible notre planète, même s’il est difficile de connaître précisément tous les impacts de tous produits que nous achetons. Ok, on s’est engagé dans une démarche zéro-déchets en limitant les plastiques, le suremballage, les produits jetables. Mais on a bien conscience que ça n’est pas du tout suffisant face à l’enjeu. Le manque de décisions politiques à la hauteur de ce qu’il faudrait faire n’aide pas à nous rassurer.

Nous nous sentons dans une situation sur laquelle nous avons peu d’emprise : les États ne font rien ou pas assez et notre comportement individuel nous semble bien dérisoire, ne représenter qu’un grain de sable. Ce sentiment de ne pas être au contrôle de ce qui nous arrive dans notre vie est un réel facteur de risque dépressif. Notre malaise est normal : nous réalisons que le monde autour de nous va mal et cela nous fait peur. Nous réalisons de plus notre impuissance face à l’ampleur et la complexité de ce qu’il faudrait faire pour pour arrêter la spirale destructrice dans laquelle notre planète est empêtrée et cela nous terrifie. Rien de plus normal.

Plusieurs stratégies, dites stratégies de coping (“surmonter” en anglais), peuvent nous permettre de faire-face à la situation anxiogène et de diminuer son anxiété.

Ecouter ses émotions et mettre en place des stratégies pour les gérer

Mettre un voile sur ses émotions pour étouffer l’angoisse en la niant ou en la fuyant en se noyant par exemple dans une série télé ou dans un trop plein d’activités n’est pas une bonne idée car notre angoisse va réapparaitre ailleurs : à un autre moment (par exemple la nuit lorsque l’esprit vagabonde à l’endormissement) ou sous une autre forme (comme des somatisations).

Il faut s’autoriser à écouter ses émotions et à les accueillir pour mieux les gérer, les laisser s’exprimer et écouter ce qu’elles disent de nous, de notre rapport au monde et aux autres, de notre rapport à l’incertitude. La méditation peut être une bonne solution pour certains puisqu’il s’agit notamment de regarder passer ses pensées sans s’y arrêter. C’est une technique souvent utilisée pour la gestion du stress qui permet de se recentrer sur l’ici et maintenant. Même si l’on ne passe pas par la méditation, se concentrer sur le court et moyen terme est une bonne stratégie qui permet de diminuer les angoisses liées au long terme.

Travailler sur le positif est primordial pour ne pas se noyer, pour retrouver de l’espoir et être capable de se remettre en mouvement.

Se rapprocher de la nature, être en contact avec elle (promenades en forêt, faire son potager, plantation d’arbres…) fait aussi du bien à la santé psychique. Certains pourront se tourner vers l’art pour exprimer et transformer leur angoisse. Sans se voiler la face sur ce qui nous pend au nez pour le futur si on ne fait rien, il s’agit de limiter aujourd’hui la souffrance psychologique liée à l’anticipation de l’après-demain. Et puis, il ne faut pas oublier que l’avenir n’est pas écrit, le pire n’est jamais certain ! Même si le temps presse, les bases bougent et cet après-demain ne sera peut-être pas dans sa version la plus horrible.

L’inquiétude pouvant se transformer en une recherche effrénée de renseignements, chaque donnée alimentant encore plus l’angoisse, il faut aussi savoir se protéger face à un trop plein d’information qui peut devenir néfaste pour notre équilibre émotionnel.

Attention, je ne prône pas ici le déni ! Mais d’arrêter cette boulimie de nouvelles qui met en danger notre équilibre émotionnel. D’autant plus que nos biais cognitifs ne nous aident pas : plus on croit chercher des informations pour se faire une bonne idée du sujet, plus en réalité, on cherche les informations qui confirment ce qu’on pense déjà ou ce qu’on craint le plus (par exemple, l’effondrement). “Grâce” à Internet et encore plus grâce aux algorithmes des propositions des réseaux sociaux, trouver des informations venant confirmer notre vision du monde est si facile… De liens en liens, on se met à tourner en boucle, on ne pense qu’à ça. On n’arrive pas à agir concrètement, on ne devient qu’un récipient qui se remplit encore et encore des mêmes informations. Or, plus nous sommes confrontés à une information, plus il nous semble que c’est la vision dominante et qu’elle est indéniable, moins on n’arrive à s’ouvrir à d’autres façon de voir le monde, à assimiler des informations contradictoires qui, pourtant, pourraient nous aider à sortir de notre marasme…

Comme le dit George Marshall dans son livre “Le syndrome de l'autruche”[2] : “Ce savoir m’envahit d’une peur panique. Pour avancer, j’ai appris à mettre de côté cette crainte : je sais que la menace est réelle mais je choisis délibérément de ne pas la percevoir”. On sait que la menace est-là mais on décide de ne pas rester les yeux fixés dessus et d’avancer. Un parallèle peut être fait avec la mort : nous savons que nous allons mourir comme nous savons maintenant que la dégradation de notre monde est telle qu’il n’y a pas de retour en arrière possible. Nous ne savons pas exactement lorsque cela arrivera, nous espérons que cela se fera sans souffrance. Néanmoins, pour la plupart d’entre nous, nous sommes capables de ne pas rester focalisés dessus et de vivre agréablement au quotidien.

Oser exprimer ses émotions est primordial, en acceptant, si besoin, de consulter des psychologues ou psychothérapeutes, spécialistes de l’accueil des émotions d’autrui. Cela peut aussi passer par des groupes de parole (voir Eco-anxiété, je ne suis pas seul). L’importance est alors de verbaliser ce qui nous effraie dans un cadre soutenant.

Recherche de soutien social

Il faut aussi accepter et oser en parler à ses proches, même si on peut être réticent à évoquer nos préoccupations auprès de ceux auxquels on tient, pour éviter qu’ils s’inquiètent pour nous, mais aussi pour ne pas les alarmer sur la situation car on sait comme la prise de conscience peut être anxiogène. Pourtant il est important de partager ses tourments avec ses proches (voir En parler autour de soi, ou pas ?). Déjà, parce que la réelle prise de conscience par un maximum de personnes est indispensable si l’on veut sauver la Terre que nous habitons mais aussi, simplement, pour ne pas rester seul face au choc de la prise de conscience car les émotions qui suivent peuvent être très noires.

L’idée est de ne pas rester seul tant qu’on n’arrive pas à gérer notre éco-anxiété car ce sentiment peut-être extrêmement dévastateur. La prise de conscience peut être ressentie comme une vraie claque dont on peut avoir des difficultés à se relever. Face à la peur anticipée, à la perte de sens en la vie, avec des idées noires que l’on ressasse, il est primordial de ne pas rester isolé. En parler autour de soi permet aussi souvent de s’apercevoir que d’autres aussi ont les mêmes angoisses et les mêmes préoccupations. Ne pas se sentir seul face à une situation fortement anxiogène est vital pour préserver sa santé mentale et physique.

Agir

Agir est aussi un très bon moyen de diminuer l’anxiété. L’action donne un sentiment de contrôle et aide à nous sortir de l’état de sidération dans lequel la prise de conscience de la crise climatique tend à nous plonger. C’est aussi un moyen de gérer notre dissonance cognitive en mettant notre vie et nos actions en cohérence avec nos valeurs (voir Je voudrais changer mon mode de vie et Je voudrais me mettre en action).

Trouver un mode d’action qui nous convient (Se mobiliser, oui, mais comment ?) est de plus un moyen de nous reconnecter avec nous-même et nous met dans un état d’esprit combatif. En nous mobilisant en faveur de la cause environnementale, nous  agissons contre la cause de nos angoisses ce qui réduit notre anxiété. Agir, c’est croire qu’on peut contribuer à faire changer les choses, c’est donc une forme d’optimisme.

D’ailleurs, je vais vous l’avouer, créer ce site internet, c’est pour vous aider et aider les personnes qui cherchent à comprendre ce qui leur arrive… mais c’est aussi un des modes d’action que j’ai trouvés pour diminuer ma propre anxiété en contribuant à faire changer les choses. Parce qu’aider les personnes à sortir de leur sidération en leur fournissant de l’aide, des outils et un témoignage de ma propre traversée est un des moyens que j’ai trouvés pour apporter ma pierre à l’édifice. Plus nous serons nombreux à ne plus être dans le déni, à regarder la réalité en face sans déprimer, à réussir à gérer notre éco-anxiété, à rentrer dans l’action, dans une action qui nous convient, où nous sommes efficaces et qu’on peut tenir dans la durée, plus nous mettrons de chance de notre côté de sauver notre habitat sur Terre.

En résumé

Selon l’approche transactionnelle de Lazarus et Flokman (1984), le stress lié à notre éco-anxiété est dû au fait que nous évaluons négativement l’impact du dérèglement climatique et environnemental sur notre bien-être futur et que, en parallèle, nous avons le sentiment que nous n’avons finalement que peu d’emprise sur l’évolution de la situation.

Plusieurs stratégies, dites stratégies de coping (“surmonter” en anglais), peuvent nous permettre de faire face et de diminuer notre anxiété :

  • Mettre en place des stratégies pour gérer ses émotions (les accueillir, travailler sur les aspects positifs, se mettre en contact avec la nature, savoir se préserver sans toutefois tomber dans le déni...), trouver un sens à sa vie,
  • Rechercher du soutien social (proches, groupe de parole…) afin de ne pas se sentir seul face à ce qui nous angoisse,
  • Agir en trouvant un mode d’action qui nous convient (Se mobiliser, oui, mais comment ?) car agir donne un sentiment de contrôle et permet de sortir de l’état de sidération lié à la prise de conscience.


[1] Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer publishing company.

[2] Marshall, G. (2017). Le Syndrome de l'autruche: Pourquoi notre cerveau est programmé pour ignorer le changement climatique. Éditions Actes Sud.
https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782330080297-le-syndrome-de-l-autruche-pourquoi-notre-cerveau-veut-ignorer-le-changement-climatique-george-marshall/

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